le projet d a n s e

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d a n s e  est un projet évolutif que Rosalind Crisp développe de façon continue depuis 2005 en collaboration avec Isabelle Ginot, Andrew Morrish, Marco Wehrspann et d’autres artistes français, allemands et australiens. Chacune de ces rencontres fait évoluer le travail dans des directions nouvelles.

« d a n s e  est l’acte-même de danser, acte pris dans sa continuation, dans son déroulé. Son projet est de révéler la transition inhérente à chaque moment, immobilité comprise. À cette fin, la pratique chorégraphique se focalise sur la fabrication-même du mouvement, rendant ainsi visible l’attention constante du danseur à sa disponibilité de bouger (ou non) toute partie de son corps, dans toutes ses potentialités. Cette pratique chorégraphique ne s’articule pas sur une mémoire gestuelle, mais sur une gamme de principes de base que le danseur doit assimiler par la pratique et qui le guide ensuite à chaque instant de la création. En portant son attention sur la façon dont les mouvements se forment, le danseur est constamment confronté au moment présent de donner naissance au mouvement et non pas à sa représentation.
Une partie de ce travail repose sur la pratique de cette gamme dynamique de partitions chorégraphiques qui produit les gestes. Le reste du travail nécessite une écoute qui permet d’aller au-delà des partitions et de jouer avec elles, pour que résonnent le corps-matière et l’histoire de chacun.

Dès que je remarque que je commence à exécuter un mouvement habituel, je redirige mon attention vers une autre partie du corps, ou j’utilise une autre vitesse, direction, amplitude ou effort durant ce mouvement. Je pratique constamment le changement de vitesse, de niveau, de direction ; j’initie le mouvement de parties du corps différentes. Je peux repousser le commencement d’un mouvement ou en suspendre brièvement le cheminement. Cela crée un court espace-temps durant lequel je peux consciemment réaliser un choix différent. Le but est d’inciter l’artiste à focaliser son attention sur le processus de création et non pas sur la représentation, de le détourner de ses gestuelles habituelles et d’élargir sa gamme de choix de mouvements. Il en résulte une déconstruction et reconstruction perpétuelles du vocabulaire corporel. Le travail est le travail. « The dancing IS the work ». Parfois des gestes reconnaissables par leur référence au quotidien ou à l’animal, souvent humoristiques, sortent pendant le processus de travail. À l’intérieur du monde de d a n s e, ces gestes ne sont qu’éphémères. Ils ne durent pas assez longtemps pour devenir solides, pour arriver à terme ; ils ouvrent au contraire une dimension de potentialités continues.»

Rosalind Crisp

« d a n s e  est une modalité de travail que Rosalind Crisp développe de façon continue depuis 2005. Il s’agit à la fois d’un esprit de travail, et d’un ensemble de principes instables qui conduisent la production du geste dans l’instant. Ces principes ne cessent de se transformer, constituant un langage à la fois rigoureusement identifié et en mutation constante.

d a n s e  n’est pas une pièce mais « un monde » changeant constitué par les principes de production du geste. Ce processus de travail est la base à partir de laquelle se cristallisent des pièces ou des performances qui sont autant de facettes ou de moments différents du processus, et que nous appelons « sites ». Chaque pièce ou chaque performance naît de la confrontation entre la pratique de d a n s e, d’autres artistes, un espace, ou une question spécifique. Chacune de ces rencontres fait fléchir le travail dans une direction nouvelle, lui donne une forme et une substance particulière… »

Isabelle Ginot